Vitamine D : pourquoi on en manque dès l'automne et ce qui change vraiment

Les jours raccourcissent. Tu sors de chez toi dans la pénombre, tu en ressors dans la pénombre. Et depuis quelques semaines, une fatigue un peu différente s'installe : plus lourde le matin, plus difficile à secouer dans la journée. Le réflexe, souvent, c'est de penser au manque de vitamine D. C'est en partie vrai. Mais la réalité derrière ce lien mérite d'être un peu plus précise que "prends de la vitamine D et tout ira mieux". Voici ce que dit vraiment la recherche, et ce qu'il vaut mieux vérifier avant de se supplémenter.

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Michaël | Naturopathe

9/30/20269 min read

Lumière d'automne douce filtrant sur une table en bois
Lumière d'automne douce filtrant sur une table en bois

En France, la vitamine D est presque devenue un sujet de conversation courant à l'automne. Ce n'est pas un hasard ni une mode : les chiffres derrière ce constat sont réels, documentés, et méritent d'être regardés avec précision plutôt qu'avec approximation.

Ce que montrent les études françaises

La référence en la matière reste l'Étude nationale nutrition santé (ENNS), menée par Santé publique France sur un large échantillon d'adultes. Ses résultats, encore cités aujourd'hui, sont sans détour : 80,1 % des adultes présentaient une insuffisance en vitamine D (un taux sanguin inférieur à 30 ng/ml), et 42,5 % un déficit modéré à sévère (inférieur à 20 ng/ml). Une étude plus récente de Santé publique France, Esteban (2014-2016), a confirmé la persistance de ce phénomène dans la population.

Ces chiffres surprennent souvent, parce qu'on associe spontanément une carence à quelque chose de rare et grave. Ici, c'est l'inverse : l'insuffisance légère à modérée touche la majorité de la population adulte française, avec une aggravation nette entre l'automne et le printemps.

Les facteurs associés à un déficit plus marqué, identifiés dans l'étude ENNS, ne sont pas anodins : vivre dans une région moins ensoleillée, ne pas prendre de vacances, avoir une activité physique faible, ou vivre seul·e. Autrement dit, le mode de vie compte au moins autant que la saison.

Pourquoi ton corps en produit moins à partir de l'automne

La vitamine D est particulière : contrairement aux autres vitamines, ton organisme peut la synthétiser lui-même, à partir du cholestérol présent dans la peau, sous l'effet des rayons ultraviolets B (UVB) du soleil.

Le problème, c'est que ces UVB ne parviennent pas jusqu'à la surface de la Terre n'importe quand ni n'importe où. En France métropolitaine, entre octobre et mars environ, l'angle du soleil est trop bas pour que les UVB traversent efficacement l'atmosphère. Concrètement, même en s'exposant en plein soleil de midi en plein hiver, la peau ne produit quasiment pas de vitamine D. Ce phénomène s'accentue avec la latitude : plus on est au nord, plus la période de synthèse cutanée insuffisante est longue dans l'année.

C'est la raison pour laquelle la fatigue liée à la vitamine D, quand elle existe, se manifeste plutôt en fin d'automne et en hiver : le corps épuise progressivement les réserves accumulées pendant l'été, sans pouvoir les reconstituer.

Ce que la vitamine D fait vraiment dans le corps

Son rôle le plus documenté concerne la santé osseuse : elle permet l'absorption du calcium et du phosphore au niveau intestinal, essentielle à la solidité des os. C'est pour cette fonction que la vitamine D est la mieux établie scientifiquement.

Son lien avec l'énergie et la fatigue est réel, mais il mérite d'être présenté avec nuance. La vitamine D intervient dans le fonctionnement musculaire et dans la régulation de certains processus immunitaires et inflammatoires. Un déficit sévère peut s'accompagner de fatigue, de douleurs musculaires diffuses et d'une sensibilité accrue aux infections. En revanche, la recherche ne permet pas d'affirmer qu'une supplémentation en vitamine D "booste" l'énergie chez une personne qui n'est pas carencée : les études d'intervention sur ce point donnent des résultats mitigés.

Autrement dit : la vitamine D peut contribuer à la fatigue quand elle manque vraiment, mais elle n'est ni la seule cause ni un remède miracle universel contre la fatigue d'automne.

Ce que ça dit de toi, et ce que ça ne dit pas

Ce que ça ne dit pas : que tu es en mauvaise santé, ou que ton mode de vie est fautif. La grande majorité de la population française présente une insuffisance à cette période de l'année. C'est un phénomène de population, lié à la géographie et au climat, pas un échec individuel.

Ce que ça dit : que ton corps a besoin, comme celui de la plupart des gens autour de toi, d'un relais entre ce que le soleil ne peut plus fournir et ce que l'alimentation ou une éventuelle supplémentation peuvent apporter.

Qui est le plus concerné par un déficit marqué

Certains profils cumulent plusieurs facteurs de risque identifiés par les études françaises. Les personnes âgées, dont la peau synthétise moins efficacement la vitamine D avec l'âge et qui s'exposent souvent moins au soleil. Les personnes à la peau mate ou foncée, dont la mélanine filtre une partie des UVB nécessaires à la synthèse cutanée. Les personnes en situation d'obésité, la vitamine D étant liposoluble et donc plus facilement séquestrée dans les tissus adipeux. Les personnes qui portent des vêtements couvrants ou qui travaillent principalement en intérieur, avec très peu d'exposition directe à la lumière du jour. Ce n'est pas une liste figée, mais elle aide à comprendre pourquoi le même automne n'a pas le même impact sur tout le monde.

5 gestes concrets pour soutenir tes réserves cet automne

1. Miser sur les poissons gras deux fois par semaine

Hareng, sardine, maquereau, saumon : ce sont les aliments les plus riches en vitamine D. L'ANSES recommande deux portions de poisson par semaine, dont une de poisson gras, un repère qui sert aussi d'autres objectifs nutritionnels, notamment les apports en oméga-3.

2. Ne pas négliger les œufs, les produits laitiers et certains champignons

Ils apportent des quantités plus modestes, mais réparties sur plusieurs prises dans la semaine, elles participent à l'apport global. Certains produits laitiers ou laits végétaux enrichis en vitamine D peuvent aussi contribuer, à vérifier sur l'étiquette.

3. Profiter de la lumière du jour dès que possible, même en automne

Une sortie en extérieur en milieu de journée, même sans effet notable sur la synthèse cutanée une fois l'hiver installé, reste utile pour la régulation du rythme circadien et l'humeur, deux éléments qui jouent aussi sur le niveau d'énergie perçu.

4. Associer la vitamine D à un repas contenant des lipides

Étant liposoluble, la vitamine D (qu'elle vienne de l'alimentation ou d'une supplémentation prescrite) s'absorbe mieux lorsqu'elle est prise au cours d'un repas contenant un peu de matière grasse, plutôt qu'à jeun.

5. Vérifier ton statut avant de te supplémenter à l'aveugle

Plutôt que de prendre une supplémentation "au cas où", pendant plusieurs mois, sans savoir où tu te situes réellement, un dosage sanguin ponctuel, prescrit par ton médecin s'il est justifié, donne une base fiable pour ajuster une éventuelle supplémentation à ton profil.

La question du dosage sanguin et de la supplémentation

Voici le point le plus important de cet article : on ne se supplémente pas en vitamine D "au hasard", sans savoir où on en est.

La vitamine D est liposoluble, ce qui signifie qu'elle se stocke dans l'organisme, contrairement aux vitamines hydrosolubles éliminées dans les urines en cas d'excès. Une supplémentation prolongée à forte dose, sans contrôle, peut entraîner un excès de calcium dans le sang (hypercalcémie), avec des conséquences sur les reins notamment.

La bonne démarche, si tu soupçonnes une carence marquée : en parler à ton médecin, qui pourra prescrire un dosage sanguin (25-hydroxyvitamine D) si c'est cliniquement justifié, et adapter la posologie à ton profil (âge, exposition solaire, alimentation, éventuelles pathologies). Ce dosage n'est pas systématiquement recommandé chez toute personne en bonne santé sans facteur de risque : c'est ton médecin qui évalue la pertinence de le demander.

L'automédication à forte dose, en particulier avec des ampoules à forte concentration disponibles sans ordonnance ou obtenues à l'étranger, n'est pas anodine. Elle doit rester encadrée par un professionnel de santé.

Quand consulter

Si la fatigue s'accompagne de douleurs musculaires ou osseuses inhabituelles, d'une faiblesse musculaire marquée, d'infections à répétition ou d'une fatigue qui persiste malgré une alimentation variée et un rythme de sommeil correct, il est pertinent d'en parler à ton médecin. Lui seul pourra déterminer si un dosage est nécessaire et écarter d'autres causes possibles à cette fatigue (anémie, trouble thyroïdien, etc.).

Ce que nous faisons chez Orinki

Chez Orinki, la vitamine D fait partie des éléments que nous regardons dans le cadre plus large du terrain biologique, sans jamais en faire une explication unique de la fatigue. Une personne épuisée présente souvent plusieurs fragilités combinées : sommeil de mauvaise qualité, apports en magnésium insuffisants, rythme de vie qui laisse peu de place à la lumière naturelle du jour, stress chronique qui augmente les besoins de l'organisme.

Notre rôle, en naturopathie, est d'aider à faire le point sur l'ensemble de ces facteurs et à identifier, avec toi, ce qui mérite d'être investigué du côté médical (via un dosage sanguin si besoin) et ce qui peut être amélioré par l'alimentation, l'exposition à la lumière et l'hygiène de vie. Nous construisons systématiquement un plan individuel, car les besoins et les marges de manœuvre varient beaucoup d'une personne à l'autre.

En résumé

L'insuffisance en vitamine D touche une large majorité des adultes en France à la sortie de l'automne, un phénomène documenté par l'étude ENNS de Santé publique France et lié à l'incapacité de la peau à produire cette vitamine sous un soleil trop bas. Son rôle dans la fatigue est réel mais mesuré : elle intervient dans le fonctionnement musculaire et immunitaire, sans être une solution miracle pour qui n'est pas réellement carencé. Les sources alimentaires (poissons gras, produits laitiers, œufs) et l'exposition solaire raisonnable restent la base, et toute supplémentation prolongée à forte dose doit être décidée avec un médecin, idéalement après un dosage sanguin, pour éviter les excès.

Sources

  • Santé publique France : Statut en vitamine D de la population adulte en France, Étude nationale nutrition santé (ENNS), 2006-2007

  • Santé publique France : Étude Esteban 2014-2016, volet nutrition, dosages biologiques vitamines et minéraux

  • ANSES : Références nutritionnelles en vitamines et minéraux pour la population française, apport satisfaisant en vitamine D

  • ANSES : Vitamine D, pourquoi un apport adéquat est nécessaire et comment l'assurer, fiche d'information

Cet article est rédigé à titre informatif. Il ne remplace pas un avis médical. Si tu penses avoir une carence, ou si ta fatigue persiste, parles-en à ton médecin traitant avant toute supplémentation prolongée.

Ta fatigue d'automne n'a probablement pas une seule cause. Mais celle-ci, au moins, se vérifie avec une simple prise de sang.

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