Toussaint, deuils et fatigue : quand la saison réveille ce qu'on a perdu

Depuis quelques jours, tu te sens plus lourd·e sans raison précise. Le sommeil est moins bon. Une tristesse diffuse s'installe, sans déclencheur évident. Et puis tu réalises : on approche de la Toussaint, et l'année dernière à la même période, quelqu'un que tu aimais était encore là. Ou un travail qui te définissait n'existait pas encore fini. Ou une version de toi, en meilleure santé, n'avait pas encore disparu.

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Nathalie | Coach Mindset

10/28/20269 min read

Bougie allumée près d'une fenêtre d'automne, ambiance calme et recueillie
Bougie allumée près d'une fenêtre d'automne, ambiance calme et recueillie

Ce phénomène a un nom en psychologie du deuil : la réaction d'anniversaire. Le corps et l'esprit gardent la mémoire des dates, parfois avant même que la pensée consciente ne les ait identifiées. Et la Toussaint, période collectivement tournée vers les personnes disparues, agit souvent comme un déclencheur, même pour des pertes qu'on croyait avoir traversées depuis longtemps.

Nous voulons aborder ce sujet avec la délicatesse qu'il mérite. Le deuil ne se résout pas avec une liste de conseils, et rien ici ne prétend remplacer l'accompagnement dont certaines personnes ont besoin pour traverser une perte.

Pourquoi cette période particulière réveille les pertes

La Toussaint, le 1er novembre, s'inscrit dans une tradition ancienne de recueillement envers les défunts. Même pour les personnes qui n'ont pas de pratique religieuse, cette période reste marquée socialement : cimetières visités, fleurs déposées, conversations qui reviennent sur les personnes disparues.

Ce climat collectif agit comme une caisse de résonance pour les deuils individuels. Il ne crée pas la tristesse, il lui donne un moment et un espace pour ressortir, parfois après des mois de mise en retrait forcée par le rythme du quotidien.

À cela s'ajoute un facteur plus discret : la diminution de la lumière naturelle en cette saison, qui pèse déjà sur l'humeur de nombreuses personnes indépendamment de tout deuil. La combinaison des deux, moins de lumière et une période qui invite au souvenir, explique en partie pourquoi cette fatigue automnale semble parfois plus lourde que d'habitude.

Tous les deuils ne portent pas sur une personne

Le mot deuil évoque en premier lieu la perte d'un être cher. Mais la littérature en psychologie du deuil reconnaît aussi des deuils dits symboliques, tout aussi réels dans leur impact émotionnel, même s'ils sont moins reconnus socialement :

  • Le deuil d'un travail ou d'un rôle professionnel : une reconversion, un licenciement, une retraite, qui emportent avec eux une part de l'identité.

  • Le deuil d'une santé antérieure : après une maladie chronique, un accident, un épuisement qui a changé durablement le rapport au corps et à l'énergie.

  • Le deuil d'une relation : une séparation, une rupture familiale, un éloignement qui n'a jamais été nommé comme une perte.

  • Le deuil d'un projet de vie : un enfant qui n'est pas venu, un chemin professionnel abandonné, une version de sa vie qu'on avait imaginée et qui ne se réalisera pas.

Ces pertes ne bénéficient d'aucun rituel social pour les traverser. Personne ne dépose de fleurs pour un travail perdu ou une santé qui a changé. Cette absence de reconnaissance sociale ne rend pas la perte moins réelle : elle la rend simplement plus silencieuse, et parfois plus difficile à identifier comme la source d'une fatigue persistante.

Le deuil n'a pas de calendrier fixe

Une idée répandue voudrait qu'il existe des étapes du deuil à traverser dans un ordre précis, avec un point final identifiable. Cette représentation, popularisée par les travaux d'Elisabeth Kübler-Ross dans les années 1970 puis largement simplifiée par la culture populaire, a évolué depuis. Les chercheurs en psychologie du deuil s'accordent aujourd'hui davantage sur l'idée d'un processus non linéaire, fait d'allers-retours, où la tristesse peut réapparaître intensément après des mois ou des années d'accalmie, sans que cela signifie un recul ou un échec du travail de deuil.

Cette réapparition, souvent liée à une date, une saison ou un contexte qui rappelle la perte, ne remet pas en cause le chemin parcouru. Elle fait partie du même chemin.

Ce que la fatigue de deuil dit de toi, et ce qu'elle ne dit pas

Ce qu'elle ne dit pas : que tu n'as pas "fait ton deuil" correctement, qu'il existe un calendrier universel après lequel la tristesse devrait avoir disparu, ou que tu devrais "être passé·e à autre chose" parce que du temps s'est écoulé.

Ce qu'elle dit : que quelque chose d'important a existé, et que ton système nerveux prend le temps qu'il lui faut pour intégrer cette absence. Le deuil n'est pas linéaire. Il revient par vagues, parfois des années après, déclenché par une date, une odeur, une chanson. Ce retour n'efface pas le chemin déjà parcouru.

Des gestes simples pour traverser cette période

1. Nomme ce qui remonte, sans te presser de le comprendre

Tu n'as pas besoin de savoir exactement pourquoi tu te sens fatigué·e ou triste avant de pouvoir l'accueillir. Se dire simplement "cette période me rappelle quelque chose" suffit à ouvrir un espace, sans obligation d'analyse immédiate.

2. Crée un petit rituel, si cela te fait du bien

Allumer une bougie, regarder une photo, écrire quelques lignes, visiter un lieu qui compte : ces gestes n'ont pas besoin d'être élaborés. Ils donnent une forme concrète à un sentiment qui, sinon, reste diffus et pesant.

3. Autorise-toi à ne pas être disponible pour tout

Cette période peut légitimement demander plus de repos, moins d'engagements sociaux, plus de douceur envers toi-même. Ce n'est pas un signe de faiblesse, c'est une adaptation temporaire à une charge émotionnelle réelle.

4. Parle de la perte à quelqu'un, même si elle semble "moins grave" qu'une autre

Un deuil symbolique n'a pas à être minimisé sous prétexte qu'il ne concerne pas une personne. En parler à un proche, sans comparer ta perte à celle des autres, aide à sortir de l'isolement que ces deuils silencieux entretiennent souvent.

5. Reste attentif·ve à ton corps

Sommeil perturbé, appétit modifié, fatigue inhabituelle : le deuil s'exprime aussi physiquement. Prendre soin de ces besoins de base (dormir suffisamment, manger correctement, bouger un peu) ne résout pas le deuil, mais donne à ton corps les ressources pour le traverser sans s'épuiser davantage.

6. Sois attentif·ve aussi aux enfants de ton entourage

Les enfants vivent, eux aussi, des réactions d'anniversaire, souvent sans les mots pour les nommer. Une baisse d'énergie, une irritabilité inhabituelle ou un sommeil perturbé chez un enfant à l'approche de cette période peut mériter une attention particulière et une écoute simple, sans dramatiser ni minimiser.

Quand le deuil devient compliqué : les signes à ne pas ignorer

La tristesse qui revient par vagues, y compris longtemps après une perte, fait partie d'un processus de deuil ordinaire. Mais dans certains cas, le deuil peut se figer et devenir ce que les professionnels appellent un deuil compliqué ou un trouble du deuil prolongé, reconnu depuis 2022 dans le DSM-5-TR, la classification internationale des troubles mentaux.

Ce trouble se caractérise, chez l'adulte, par une détresse intense et persistante qui dure plus de douze mois après la perte, avec des pensées envahissantes concernant le défunt, une difficulté marquée à reprendre le cours de la vie sociale, professionnelle ou familiale, et un sentiment que la vie a perdu son sens. Les données disponibles suggèrent qu'il concerne entre 7 et 10 % des personnes endeuillées, une proportion qui augmente nettement après un décès violent ou soudain.

Si tu te reconnais dans cette description, si le deuil t'empêche de fonctionner au quotidien bien après la perte, ou si des pensées noires apparaissent, il est essentiel de consulter un médecin ou un professionnel de santé mentale (psychologue, psychiatre). Un deuil compliqué se soigne, et demander de l'aide à ce moment-là n'est ni un échec ni un aveu de faiblesse : c'est reconnaître qu'un accompagnement professionnel est parfois nécessaire pour retrouver un chemin.

Ce que nous faisons chez Orinki

Chez Orinki, nous n'avons pas vocation à accompagner un deuil compliqué au sens clinique du terme : ce travail relève de professionnels de santé mentale formés spécifiquement à cet accompagnement, et nous orientons systématiquement vers eux lorsque c'est nécessaire.

En revanche, nous accompagnons régulièrement des personnes dont l'épuisement de fond s'est trouvé aggravé par une perte, visible ou symbolique, jamais vraiment posée ni digérée. Le travail mindset consiste alors à donner un espace pour nommer ce qui pèse, sans pression de "passer à autre chose" plus vite que nécessaire. Le regard naturopathique s'intéresse au terrain biologique fragilisé par cette charge émotionnelle : qualité du sommeil, épuisement du système nerveux, besoins en micronutrition pendant les périodes de fatigue intense.

Chaque accompagnement donne lieu à un plan individuel, car la façon de traverser une perte n'appartient qu'à la personne qui la vit.

En résumé

La Toussaint et la période qui l'entoure réveillent parfois des deuils qu'on croyait apaisés, qu'ils concernent une personne disparue ou une perte plus symbolique (un travail, une santé, une relation, un projet de vie). Cette fatigue et cette tristesse qui remontent ne signifient pas que le travail de deuil n'a pas été fait : elles font partie d'un processus non linéaire, qui peut revenir par vagues pendant des années. Des gestes simples, comme un petit rituel ou le fait de nommer la perte à un proche, aident à traverser cette période. Mais si la détresse dure depuis plus de douze mois et empêche de fonctionner au quotidien, ou si des pensées noires apparaissent, consulter un médecin ou un professionnel de santé mentale est la démarche à privilégier.

Sources

  • Cn2r (Centre national de ressources et de résilience), "Le trouble de deuil prolongé", dossier scientifique, 2023 : critères diagnostiques, prévalence et durée du trouble du deuil prolongé selon le DSM-5-TR et la CIM-11.

  • Santé Mentale (revue professionnelle), "Le trouble du deuil prolongé fait son entrée au DSM-5-TR", 2022 : reconnaissance officielle du trouble dans la classification américaine.

  • Association France Dépression / 3114, numéro national de prévention du suicide, disponible gratuitement 24h/24 et 7j/7 en cas de pensées suicidaires.

Cet article est rédigé à titre informatif. Il ne remplace pas un accompagnement psychologique. Si un deuil te semble compliqué à traverser ou si des pensées noires apparaissent, parles-en à ton médecin ou consulte un professionnel de santé mentale.

Ce qu'on a perdu ne s'efface pas avec le calendrier. Mais on n'a pas à le porter seul·e.

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